La marche, une philosophie

 

Marcher, pour être dans le questionnement intérieur et le dialogue

 

Déjà dans l’Antiquité, maîtres et disciples marchent beaucoup. En Grèce, Socrate apprend et questionne au cours de ses promenades au marché, nombre de dialogues de Platon s’ouvrent sur l’évocation d’une rencontre fortuite, dans la rue ; ou bien on se déplace chez quelqu’un pour dialoguer. Même là où il y a des lieux d’enseignement, comme l’Académie ou le Lycée, on ne cesse de déambuler.  Il y a dans l’insistance de la littérature ancienne à les montrer en marche comme une image de la quête de  vérité.

 

Plus proches de nous d’autres grands maîtres tels Rimbaud, Rousseau, Kant, Nietzsche nous font également l’éloge de la marche.

 

Pour Nietsche, on ne peut faire confiance qu’aux vérités ou énoncées qui nous viennent en marchant. La marche crée et favorise une disponibilité à certaines pensées et les pensées nées en marchant sont plus authentiques.

 

Comment expliquer un tel phénomène ?

 

La marche pour être sur sa voie, dans l’authenticité.

 

Les mouvements du corps liés à la lenteur du déplacement sont propices à l’élaboration. Le chemin de vérité vaut moins par la vérité qu’on obtient que par le chemin lui-même. Pour Nietsche, il n’y a d’autre vérité que le processus par lequel on la recherche. Le résultat n’est rien par rapport à la démarche qui permet de l’obtenir. L’essentiel c’est le chemin !

 

Sur le Chemin de Compostelle, nombreux sont ceux qui déclarent s’être fait rattraper par l’esprit du Chemin. Partis dans un but, une quête précise, ils prennent petit à petit conscience que ce qui leur importe le plus ce n’est pas d’atteindre l’objectif fixé, mais de ressentir jour après jour, ce que ce chemin leur permet de vivre comme transformation. Ce n’est pas le but qui compte, c’est le chemin !

 

Marcher pour laisser le mental se taire et le corps retrouver sa vitalité

 

Ce chemin de transformation intérieur est la résultante d’un long processus de maturation. Comme le dit JC Ruffin dans “Immortelle Randonnée”: “ Par le détour du corps et de la privation, l’esprit perd de sa sécheresse et oublie le désespoir où l’avait plongé l’absolue domination du matériel sur le spirituel, de la science sur la croyance, de la longévité du corps sur l’éternité de l’au-delà. Il est soudain irrigué par une énergie qui l’étonne lui-même.”

 

Marcher c’est se délester du superflu, alléger au propre comme au figuré le sac qu’on a sur le dos. Et, quand le sac est vide, nous sommes à nouveau disponibles et sensibles à la beauté des choses, aux joies de la vie et capables d’émerveillement.

 

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